Abbaye Saint-Wandrille – Silence, prière… et fermentation
Au cœur de la Seine-Maritime, l’Abbaye Saint-Wandrille ne cherche pas à impressionner.
Elle prie, elle travaille, elle dure.
Et depuis quelques années, elle brasse.
Pas pour faire tendance, mais pour prolonger une tradition : celle du travail manuel comme prolongement du silence.
Histoire de l’Abbaye
Fondée au VIIᵉ siècle, l’abbaye traverse les siècles comme un témoin discret de l’histoire de France.
Des destructions, des reconstructions, des départs, des retours.
Mais toujours la règle bénédictine : ora et labora — prie et travaille.
La communauté bénédictine vit aujourd’hui encore au rythme des offices, du chant grégorien, et d’un artisanat monastique fidèle à l’esprit d’origine.
Dans cette logique, la brasserie n’est pas un projet commercial pur :
elle est une activité monastique, intégrée à la vie communautaire.
La Brasserie de l’Abbaye Saint-Wandrille
La Brasserie de l’Abbaye Saint-Wandrille naît officiellement en 2016.
Elle devient la première brasserie monastique française depuis plus d’un siècle.
Ici, les moines participent réellement au brassage.
Les recettes sont pensées avec sobriété :
équilibre, digestibilité, absence d’esbroufe aromatique.
On est loin des démonstrations houblonnées.
La bière doit rester une boisson de table, structurée mais mesurée.

La gamme de bières
Il y a des bières qui racontent une mode.
Et d’autres qui racontent un lieu.
La brasserie propose une gamme cohérente, fidèle à l’esprit bénédictin :
Saint Wandrille originale 6.5%
La Saint-Wandrille Ambrée, première bière sortie des cuves du monastère en 2016, appartient à la seconde catégorie. Brassée au cœur de l’abbaye normande, elle porte dans sa robe orangée le rythme des offices, la rigueur du geste et cette patience tranquille qui fait les grandes choses.
À 6,5 %, elle ne cherche ni l’excès ni l’effet spectaculaire. Elle cherche l’équilibre
Robe : ambrée à dominante orangée, légèrement trouble
Mousse : ivoire, dense, persistante
👃 Nez
Dominante maltée et toastée.
Fruits cuits, fruits secs, notes de caramel.
Une impression chaleureuse, presque enveloppante.
👄 Bouche
Attaque pétillante et nette.
Le malt s’impose d’abord, structurant, presque gourmand.
L’amertume houblonnée monte progressivement, sans brusquer.
On retrouve des notes de fruits secs, de caramel, et une pointe discrète de réglisse.
🔚 Finale
Belle finale amère, élégante, persistante.
L’amertume ne domine pas : elle équilibre.
Le fruité et le malt toasté prolongent l’expérience avec longueur.
C’est une ambrée droite, construite, sincère.
🧀 Fromages affinés
🥕 Cuisine végétarienne structurée
🥩 Viandes rôties
🍫 Chocolat noir
Une bière de table. Une bière de partage.
Sicera Humolone – L’amertume qui désaltère
Il y a des bières qu’on savoure lentement.
Et d’autres qu’on attend quand le soleil tape un peu trop fort.
La Sicera Humolone, 5 % vol., appartient à cette seconde famille.
Très houblonnée, lumineuse, nerveuse, elle ne cherche pas la rondeur rassurante : elle vise la fraîcheur nette.
Une bière qui tranche.
Une bière qui réveille.
👃 Nez
Dominante houblonnée immédiate.
Notes d’agrumes marquées : citron vert, zeste de pamplemousse.
Touches de fruits jaunes en arrière-plan.
Un nez éclatant, presque solaire.
👄 Bouche
Attaque fraîche, tendue, sur le citron vert et les agrumes.
Pétillance bien présente, dynamique.
Le corps est léger, aérien.
Des notes de prune jaune apparaissent, soutenues par la trame agrumée.
L’amertume reste d’abord en arrière-plan…
puis elle s’installe progressivement.
🔚 Finale
Longue, de plus en plus marquée par l’amer.
C’est cette montée progressive qui rend la bière profondément désaltérante.
On termine le verre avec l’envie d’y revenir.
🌿 Hortus Deliciarum – Au houblon du jardin
Quand la récolte devient brassin, et le jardin mémoire vivante
Brassée fin septembre, au moment précis de la récolte du houblon du jardin, cette bière blonde capture l’instant fragile où le cône est encore vibrant d’arômes. Le houblon n’a pas voyagé, il n’a pas séché des mois : il passe presque directement de la liane à la cuve.
Un geste de saison.
Un brassin de fraîcheur.
Conçue en collaboration avec la Brasserie O’Clock, à Bois-d’Arcy, cette cuvée est une série limitée, brassée une seule fois par an, disponible à partir de fin novembre.
Elle ne se répète pas.
Elle revient.
Le sens du nom
“Hortus Deliciarum” signifie “Jardin des Délices”.
C’est aussi le titre d’un manuscrit médiéval rédigé entre 1159 et 1175 par les moniales du Mont Sainte-Odile, sous la direction d’Herrade de Landsberg.
Un ouvrage encyclopédique, poétique, foisonnant.
Un jardin de savoirs.
Choisir ce nom pour une bière brassée avec le houblon du jardin, ce n’est pas un hasard.
C’est un clin d’œil à la transmission.
À la patience.
À la culture au sens noble.
Le jardin nourrit.
Le houblon élève.
La bière rassemble.
Profil gustatif
Blonde lumineuse, fraîche, expressive.
Le houblon de récolte apporte une intensité végétale particulière :
notes herbacées franches, fraîcheur chlorophyllée, parfois une touche florale vive.
En bouche, l’attaque est nette, vive.
Le malt soutient sans dominer.
L’amertume, plus verte que sèche, rappelle la fraîcheur du cône tout juste cueilli.
La finale est tendue, lumineuse, presque printanière malgré la saison.
Ce n’est pas une blonde anodine.
C’est une blonde de récolte.
L’esprit du brassin
Hortus Deliciarum n’est pas pensée pour l’abondance industrielle.
Elle est pensée comme une trace.
Une trace du jardin en septembre.
Une trace du geste partagé entre passionnés.
Une trace du temps qui passe.
Elle arrive fin novembre, quand l’automne s’installe,
et apporte dans le verre le souvenir encore vert de la récolte.
Une bière qui relie les saisons.
Et les siècles.
Scottici Generis 7 % – L’ombre singulière
Il y a des bières noires qui s’installent dans la puissance.
D’autres qui cultivent la rondeur.
La Scottici Generis (7 % vol.) choisit une autre voie.
Bière d’abbaye noire — sans être tout à fait une stout, ni réellement une porter — elle avance à part.
Singulière par nature.
Scottici generis : d’un genre écossais, d’un genre à elle seule.
Robe
Noire, totalement opaque.
Mousse dense, colorée, persistante.
Une présence visuelle affirmée, presque solennelle.
Nez
Arômes intenses de torréfaction.
Café noir fraîchement moulu.
Cacao amer.
Un nez profond, sans détour.
Bouche
L’attaque confirme la torréfaction.
Notes grillées franches, structurantes.
Puis, progressivement, la texture évolue.
Un moelleux subtil apparaît.
Cacao, chocolat au lait.
De légères notes acidulées de fruits rouges apportent une respiration inattendue.
Une pointe vive, agréable, qui évite toute lourdeur.
Finale
Désaltérante malgré la densité.
Longue persistance sur le torréfié et une légère âcreté noble.
La finale reste sèche, droite, presque austère.
C’est cette tension qui la rend élégante.
Il y a quelque chose d’apaisant dans une bière monastique.
Elle ne cherche pas à surprendre.
Elle cherche à durer.
À l’Abbaye Saint-Wandrille, la fermentation s’inscrit dans un rythme plus large.
Les cuves ne remplacent pas les offices.
Elles les prolongent.
La bière devient alors un lien discret entre la clôture et le monde extérieur.
Un produit ancré dans la prière, mais ouvert à la table.
Un goût qui ne cherche pas l’exploit, mais la cohérence.
Boire une bière de Saint-Wandrille,
c’est accepter un peu de cette lenteur.
C’est comprendre que le travail, quand il est habité,
peut devenir une forme de paix.
Serge Biersommelier
Biersommelier Doemens, Conteur du goût & éclaireur de plaisirs partagés
🍖 Un bon saucisson a besoin d’un bon verre. Pas d’un torrent.
👉 L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
« Gourmandise & Houblon, c’est plus qu’un nom. C’est un art de vivre. »
